Le Reservoir : un brunch dans le noir
Premiere surprise en poussant la porte du Reservoir un dimanche a l’heure du brunch : il fait quasiment noir. Etrange pour un repas matinal. Les fenetres sont occultees, l’ambiance est celle d’un bar de nuit, pas d’un lieu de brunch. La musique est forte — et pas live, malgre la reputation musicale de l’endroit.
Le decor est… eclectique, pour rester poli. Des trones en velours rouge cotoient des chaises imprimees leopard, des miroirs dores encadrent des murs sombres. On oscille entre boudoir rococo et brocante de foire. C’est assume, c’est kitsch, mais pour bruncher un dimanche matin, on aurait prefere un rayon de soleil.
Ce qu’on a mange (et regrette)
Le brunch est en self-service a 23 €. Le buffet est dispose sur une table au fond de la salle. Voici ce que nous avons trouve :
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Jus d’orange : du concentre, sans ambiguite. A ce prix, c’est impardonnable
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Viennoiseries : froides, pas fraiches du matin, croissants mous
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Pancakes : pas assez cuits, pateux au centre
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Saumon : presente comme fume, mais la texture etait celle d’un saumon cru deguise
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Oeufs brouilles : corrects, le seul plat qui passait
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Cafe : acceptable, sans plus
Pour 23 euros, on est en droit d’attendre un jus d’orange presse et des croissants du matin. Le Reservoir brunch comme il eclaire : au minimum.
Les decouvertes du quartier
Heureusement, la sortie ne s’est pas arretee la. En remontant la rue de la Forge Royale, nous avons decouvert des ateliers d’artisans installes aux etages des immeubles : luthiers, restaurateurs de meubles, createurs de bijoux. Ce coin du 11e, loin des bars branches de la rue de la Roquette, a conserve une ame d’artisanat qu’on ne soupconnait pas.
Le quartier merite une balade : la rue de la Forge Royale, la rue de Charonne et les passages alentour regorgent d’ateliers et de petites cours interieures charmantes.
La Machine a Ecrire : le vrai bon plan
La vraie decouverte du jour se trouvait au 80 rue de Charonne : La Machine a Ecrire, un bar-restaurant installe dans un ancien atelier de machines a ecrire (comme son nom l’indique). Le lieu a garde le charme brut de l’atelier d’origine, avec ses etablis en bois et ses murs patines.
L’ambiance est litteraire et boheme, les prix sont doux, et la carte change regulierement. Voila une adresse qui vaut bien plus le detour que le brunch du Reservoir.
| **Restaurant** | Le Reservoir |
| **Adresse** | 16 rue de la Forge Royale, 75011 Paris |
| **Brunch** | Dimanche, 23 € (self-service) |
| **Note** | 2/5 |
| **A decouvrir a la place :** La Machine a Ecrire, 80 rue de Charonne | |
Le 11e arrondissement : la nouvelle scene gastronomique
Le 11e arrondissement est devenu en quelques annees l’epicentre de la scene gastronomique parisienne. Autour de la rue Oberkampf, de la rue Jean-Pierre Timbaud et du boulevard Voltaire, des dizaines de restaurants, de caves a vin naturel et de coffee shops ont ouvert, attirant une clientele jeune et curieuse.
Le Reservoir s’inscrit dans cette dynamique avec une proposition unique : le brunch musical. Là ou la plupart des brunchs parisiens misent sur la nourriture seule, le Reservoir ajoute la dimension du jazz live — contrebasse, piano, batterie — qui transforme un repas dominical en experience sensorielle complete.
Le jazz a Paris : une histoire d’amour
Paris est une capitale mondiale du jazz depuis les annees 20, quand les musiciens afro-americains ont traverse l’Atlantique pour echapper au racisme et trouver un public qui les appreciait. Sidney Bechet, Django Reinhardt, Miles Davis, Bud Powell — la liste des jazzmen qui ont fait de Paris leur seconde maison est impressionnante.
Le Reservoir perpetue cette tradition avec ses concerts du dimanche. Les musiciens ne sont pas des stars — ce sont des artistes locaux, passionnes, qui jouent pour le plaisir autant que pour le cachet. C’est le jazz dans sa forme la plus pure : intime, improvise, vivant.
En Russie, le jazz a longtemps ete interdit — considere comme « musique decadente » par le regime sovietique. Ce n’est qu’apres la destalinisation que les clubs de jazz ont pu ouvrir a Moscou et Saint-Petersbourg. Aujourd’hui, la scene jazz russe est florissante, mais elle n’a pas encore la richesse historique de la scene parisienne.
Mon brunch ideal au Reservoir
Voici ma formule ideale pour un dimanche au Reservoir :
- Arrivez a 11h30 (pas avant, la cuisine n’est pas prete ; pas apres, les meilleures places sont prises)
- Installez-vous pres de la scene si vous aimez le jazz, au fond si vous preferez discuter
- Commandez le brunch complet : oeufs brouilles, saumon fume, viennoiseries, jus d’orange presse, et surtout le cafe — excellent
- Restez jusqu’a 14h au moins — le set de jazz se termine generalement a ce moment-la
C’est un dimanche parisien parfait pour moins de 30 euros. Pour d’autres adresses de brunch, consultez ma critique du brunch chez Mariage Freres.