La Femme Zebree, icone de lumiere
Femme zebree - 2004 © Michel Pinel
On aimerait bien, nous aussi, etre zebres par le soleil. Mais vu le temps qui regne souvent a Paris, ce n’est pas pour bientot ! Et puis, bizarrement, on a tous un vis-a-vis — alors, pas envie de se denuder trop devant les voisins. Resultat : c’est quand qu’on part sur une ile deserte ?
En attendant, il reste cette photo magnifique : Femme zebree (2004), signee Michel Pinel, un photographe francais dont je suis depuis longtemps le travail avec admiration. La lumiere qui filtre a travers des persiennes dessine sur le corps des raies d’ombre et de lumiere, transformant la peau en paysage abstrait. C’est a la fois sensuel et graphique, charnel et geometrique — toute la tension qui fait la beaute d’un grand nu photographique.
Une maitrise technique rare
Les noirs et blancs de Michel Pinel (il ne fait pas de photo couleur) sont proches de la perfection. Il maitrise tout :
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La mise en scene — chaque pose est pensee comme un tableau
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L’ambiance — une atmosphere suspendue, hors du temps
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La lumiere — naturelle ou travaillee, toujours juste
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Le cadrage — des compositions rigoureuses mais jamais froides
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La profondeur de champ — un flou maitrise qui isole le sujet
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Le contraste et le grain — la matiere meme de ses images
J’aime surtout ses nu(e)s, plus que les paysages que je trouve parfois trop « immobiles » et parfaits. C’est la que je me dis que, parfois, il ne faut pas tout maitriser — le corps humain, lui, garde toujours une part d’imprevu, de vivant, qui echappe au controle du photographe. Et c’est justement cette tension entre la maitrise absolue de Pinel et l’irruption du vivant qui rend ses nus si fascinants.
Du magazine de mode a la photographie d’art
Photographe pour des magazines de mode dans une premiere vie, Michel Pinel s’est ensuite consacre entierement a la photographie d’art. Un parcours qui n’est pas rare dans l’histoire de la photographie — on pense a Helmut Newton, a Richard Avedon, a Irving Penn, tous passes de la commande editoriale a la creation personnelle.
Ce qui distingue Pinel, c’est son refus radical de la couleur. A l’heure ou le numerique et le post-traitement permettent toutes les saturations, tous les filtres, son choix du noir et blanc exclusif est un manifeste esthetique : la forme avant la surface, la lumiere avant la teinte, l’essentiel avant l’accessoire.
Sa galerie, situee dans le quartier du Sablon a Bruxelles (un quartier tres agreable a visiter, et en plus il y a la boutique de Pierre Marcolini juste a cote), presentait regulierement ses tirages. Le photographe a depuis developpe sa presence a Paris, a Saint-Germain des Pres.
L’heritage de Pinel dans la photographie contemporaine
Le travail de Michel Pinel s’inscrit dans une longue tradition du nu artistique en noir et blanc, de Man Ray a Robert Mapplethorpe, en passant par Bill Brandt et ses nus deformes par le grand angle. Mais la ou Brandt distordait les corps, Pinel les caresse avec la lumiere. La ou Mapplethorpe provoquait, Pinel invite a la contemplation.
Aujourd’hui, a l’ere d’Instagram et de la photographie accessible a tous, le travail de Pinel rappelle que la photographie d’art exige du temps, de la reflexion, une connaissance intime de la lumiere — et un rapport de confiance avec le modele qui ne s’improvise pas. Ses images sont des slow photos, a savourer comme on savoure un bon livre : lentement, en prenant le temps de regarder ce que l’on ne voit pas au premier coup d’oeil.
Michel Pinel : l’artiste du noir et blanc
Michel Pinel est un photographe francais dont le travail explore les frontieres entre le corps humain et l’abstraction. Sa serie Femme Zebree est un exercice de body art photographique : des corps feminins recouverts de motifs geometriques — rayures, spirales, grilles — qui transforment la peau en toile et le corps en sculpture.
Ce qui me fascine dans ce travail, c’est l’ambiguite qu’il cree. On ne sait plus si l’on regarde un corps ou un objet, une femme ou un motif. Les frontieres se brouillent, les certitudes vacillent — et c’est exactement ce que doit faire l’art : nous faire voir differemment ce que nous croyons connaitre.
Le body art et la tradition russe
Le body art a une histoire fascinante en Russie. Dans les annees 1990, des artistes comme Oleg Kulik (que j’ai vu au Chatelet) et Alexander Brener ont pousse le body art dans ses retranchements les plus extremes — performances nues, provocations physiques, happenings violents. C’est un art qui utilise le corps comme matiere premiere et comme terrain de combat politique.
Le travail de Pinel est beaucoup plus serein, plus esthetique, plus contemplatif. Mais il partage avec les body artists russes cette meme conviction : le corps humain est le premier et le dernier espace de liberte.