Non, vraiment, il faut que j’arrête de me fier aux critiques de Télérama pour les comédies! Autant on tombe souvent d’accord sur les drames, polars et autres films historiques, autant on n’est jamais d’accord sur les comédies! **“**Une heure et demie de trip potache brillamment branché sur les perceptions distordues de son héroïne” selon Cécile Mury, Smiley Face est plutôt une comédie qui oscille entre le modérément amusant et le carrément ennuyeux, malgré une idée de départ plutôt prometteuse.
L’histoire: Jane F., une jeune fille constamment dans les vappes, bouffe une douzaine de gâteaux à la marijuana préparés par son coloc pour une space party, puis entame sa journée de loose tendance hallucinogène. Je m’attendais au moins à une mise en scène un peu originale avec des visions tordues et des gags de situation; au final, il n’y en a pas tellement. Il s’agit plutôt d’un sketch dont on a fait un film de 90 minutes - au bout d’une demi-heure on a fait le tour du scénario qui a beaucoup de faiblesses. Je reprendrai ici le résumé brillant qu’en a fait Jean-Philippe Tessé de Chronic’art.com: le film n’a pas d’autre message que celui-ci: “Quand on mange des space-cakes, après, on est tout bizarre”. C’est dommage, car l’idée de départ était plutôt pas mal, et aurait pu donner naissance - au moins! - à un Mister Bean au féminin!
Pour être juste, certains journaux qui tendent à trop réfléchir (comme le New York Times, par exemple) ont réussi à y trouver des profondeurs inouïes: ce serait là une satyre du rêve américain à travers les personnages secondaires que Jane rencontre sur son chemin. Soit. Mais ladite satyre se noit quand même dans des vappes même pas hallucinogènes… et on ne voit pas en quoi son trip à elle est meilleur! Il faut probablement voir ce film après avoir fumé un bon joint, ça doit être carrément hilarant. Il faut aussi (de préférence) avoir moins de 16 ans!
J’étais intéressée de voir ce que vaut Anna Faris: grâce à ma super culture cinématographique, je savais qu’elle avait joué dans Friends (10e saison, la mère porteuse de l’enfant de Monica et Chandler - je suis forte!) et dans Lost in Translation (où je l’avais trouvé excellente en blonde très conne et très américaine). Pour vous donner une idée, imaginez Britney Spears en train de donner une interview (avant qu’elle ne soit chauve). Voilà, vous avez Anna Faris. Il faudrait qu’on m’explique pourquoi tout le monde s’extasie devant son don comique, car dans Smiley Face, son jeu se limite surtout à pouvoir tenir la bouche ouverte pendant le plus longtemps possible de façon à avoir l’air complètement étourdie. Mais je suis sure que cette jeune fille fera mieux la prochaine fois, à suivre!
Faut-il aller voir ce film? Humm. Il m’est difficile de vous le recommander! Mais si vous l’avez vu et aimé, j’aimerais bien avoir votre avis dans les commentaires, j’ai l’impression d’être trop négative!

Gregg Araki : le cinéma indépendant américain à son meilleur
Gregg Araki est l’un de ces réalisateurs que le grand public ignore mais que les cinéphiles adorent. Issu du New Queer Cinema des années 90, il a construit une filmographie unique, entre provocation, humour et poésie visuelle. Smiley Face est peut-être son film le plus drôle — une comédie stoner portée par une Anna Faris absolument géniale.
Le film suit une journée désastreuse d’une actrice au chômage qui mange accidentellement les cookies au cannabis de son colocataire. Ce qui suit est une série de catastrophes de plus en plus absurdes, filmées avec une inventivité visuelle typique d’Araki — couleurs saturées, cadrages décalés, références pop.
Ce qui me plaît dans ce film, c’est sa légèreté assumée. Pas de message, pas de morale, juste le plaisir du rire et de l’absurde. En Russie, nous avons une tradition de comédie absurde — les films d’Eldar Riazanov, les histoires de Daniil Kharms — et Araki s’inscrit dans cette même veine universelle de l’humour qui naît du chaos.
Le cinema independant americain : une passion personnelle
Le cinema independant americain est l’une de mes passions. De Jim Jarmusch a Sofia Coppola, de Gus Van Sant a les freres Coen, ces realisateurs produisent un cinema qui n’a rien a envier aux films d’auteur europeens — avec en plus une energie, une inventivite visuelle et un sens de l’humour que le cinema europeen n’a pas toujours.
Gregg Araki est l’un des representants les plus radicaux de ce cinema. Ses premiers films (The Living End, Totally F**ed Up*, The Doom Generation) etaient des brulots queer, violents et poetiques. Smiley Face represente un virage : c’est une comedie pure, legere, jouissive — la preuve qu’Araki sait aussi faire rire sans provoquer.
Anna Faris : une actrice sous-estimee
Anna Faris est l’heroïne parfaite pour ce film. Son talent comique est immense — chaque expression du visage, chaque geste, chaque silence est calibre pour le rire. Dans Smiley Face, elle est au sommet de son art : une performance physique digne de Buster Keaton, avec la vulnerabilite d’une heroïne de Woody Allen.
Ce qui est remarquable, c’est que Faris joue une stoner sans jamais tomber dans la vulgarite. Son personnage est touchant, pas pathétique. On rit avec elle, pas d’elle — et c’est la marque d’une grande actrice comique.
Le cinema et la contre-culture
Smiley Face s’inscrit dans une tradition de films stoner qui va de Up in Smoke (Cheech and Chong, 1978) a The Big Lebowski (Coen, 1998) en passant par Dazed and Confused (Linklater, 1993). C’est un sous-genre qui a ses lettres de noblesse — et qui dit quelque chose d’important sur l’Amerique : ce pays obsede par la productivite a toujours eu besoin de personnages qui refusent de jouer le jeu.
En Russie, nous n’avons pas de tradition de cinema stoner — le cannabis n’a jamais fait partie de la culture populaire russe (la vodka suffit). Mais nous avons nos propres films de rebelles et de marginaux — les films de Kira Mouratova, de Alexei Balabanov — qui explorent la meme veine de refus et de liberte.