A Paris depuis 7 ans (7 ans après-demain, déjà!), je n’ai jamais mis pied aux puces de Saint-Ouen, la honte! Vous me direz, il y a pire. Certes! Mais tout de même, je me flattais jusqu’ici d’avoir visité tous les musées de Paris, sauf le musée de Lénine (4, rue Marie Rose, sur rendez-vous uniquement - pour ceux que ça intéresse). Bon, c’est une grosse flatterie, mais ce n’est pas très loin de la vérité! Surtout quand on se compare aux Parisiens n’étant jamais monté sur la tour Eiffel (un grand classique).
Oui, alors, vu la honte qui couvrait ma réputation de “museum geek”, je suis allée aux puces de Saint-Ouen. Deux fois. La première fois, en repérage. J’avais alors adoré cet endroit pittoresque, d’un autre temps, très “Alice aux pays des merveilles”. Je m’attendais à voir le chapelier fou (était pas là). J’avais aussi assisté à une scène si émouvante pour mes yeux de russe, que je n’ai pas pu résister: j’y suis retournée.
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DR: Pavel Savitsky
La deuxième fois, j’amenais ma mère, un copain et son appareil photo. La scène en question, c’est celle-ci: si vous allez aux puces de Saint-Ouen vers 11h, faites le marché Vernaison (le plus connu et le plus pittoresque) d’abord, et attaquez le marché Biron(très “dorures, moulures et cheminées” ensuite, vers 12h30, vous allez assister au déjeuner des antiquaires. Non non, ce n’est pas une attraction pour touristes.
Dirigez-vous vers l’allée 2 (couverte). Là, enfin, vous atteindrez votre but. Des tables dressées, du vin, du fromage, du steak-frites, et des antiquaires. Attablés à plusieurs (ou mangeant tout seul sur son stand), ils s’adonnent avec joie au repas du midi. Entourés de leurs chiens (habitude médiévale encore, où les seigneurs s’essuyaient les mains en les passant sur les chiens qui couraient autour de la table), de leurs copains-antiquaires et de superbes meubles, ils se fichent royalement des touristes. C’est peut-être étrange, mais c’est une des images de la France que j’aime (de même que les SDF déjeunant sous les quais de la Seine, du fromage en une main, une bouteille de vin rouge dans l’autre - vision de rêve pour qui connaît les SDF de Saint-Pétersbourg).
Paris vu par une Russe
Vivre a Paris quand on est russe, c’est naviguer entre deux mondes. On aime le croissant du matin mais on reve de pain noir. On apprecie le calme des cafes parisiens mais on regrette les discussions passionnees autour de la table familiale. On admire l’elegance francaise mais on garde la franchise russe.
Ce double regard est ma richesse — et la raison d’etre de ce blog. Chaque article est ecrit avec deux paires d’yeux : ceux d’une Parisienne d’adoption et ceux d’une Russe de naissance. C’est dans cet entre-deux que naissent les observations les plus interessantes.
Pour mieux comprendre la culture russe et ses liens avec la France, consultez mes articles sur la vie a Paris quand on est russe et les femmes russes entre cliches et realite.
